L’incohérence de la stratégie algérienne
20 Apr, 2014

 

L’Algérie est en guerre. Comment croire le contraire lorsque des avions militaires français sont autorisés à survoler le ciel algérien pour frapper les groupes armés dans le Nord-Mali. Des Rafale venus de France sont déjà entrés en action pour accomplir cette mission. 
 
Encore une fois, sans en avoir informé la nation par message de ses intentions, comme l’y oblige la Constitution, le président de la République, qui dispose du droit de déclarer la guerre (article 95 de la Constitution), et il vient de le faire en prenant cette décision, n’a réuni ni le Conseil des ministres, ni entendu le Haut Conseil de Sécurité, ni consulté le président de l’Assemblée Populaire Nationale et le Président du Conseil de la Nation.
Une information aussi grave et qui engage l’Algérie dans une guerre n’a pas été donnée par les autorités algériennes, mais c’est le ministre français des Affaires étrangères qui l’a révélée, dimanche, à la télévision. «L’Algérie a autorisé sans limite le survol de son territoire», a dit Laurent Fabius aux journalistes qui l’interrogeaient, dévoilant, dans le but évident d’impliquer militairement l’Algérie dans le conflit, que les Français travaillaient avec les Algériens afin d’empêcher les groupes armés chassés du Sud de remonter plus au nord, vers l’espace algérien dont les frontières sont fermées. 
Les Français ne disent pas où stationnent leurs Rafale après avoir effectué leur mission, sur le territoire algérien, mauritanien ou nigérien, et qui les alimentent en carburant ? Il devient de plus en plus clair que les troupes algériennes massées le long de la frontière avec le Mali vont être contraintes par les groupes armés fuyant les bombardements à s’engager au sol dans le conflit, avec une couverture aérienne française. Même si la Mauritanie, au sud et à l’ouest, est plus exposée et menacée parce que plus vulnérable, n’ayant pas, contrairement à l’Algérie, les moyens de sa défense, le Sud algérien reste pour Aqmi, Mujao et Ansar Eddine un territoire de repli et une profondeur stratégique.
Jusqu’à maintenant, les forces françaises agissent seules aux côtés de l’armée malienne, aidées par le satellite européen d’observation de la Terre, Pléiades1B, qui leur livre des renseignements importants sur la position des groupes armés qu’elles combattent. Comme dans toutes les guerres, le renseignement est devenu, peut-être plus que par le passé, un élément fondamental dans la conduite d’un conflit.
Les Américains seraient sur le point, en tout cas ils en étudient la possibilité, de «fournir [aux Français] des renseignements, ce qui implique l’utilisation de drones de surveillance et de ravitailler leurs appareils en vol» avec des KC-17 qui s’adaptent à tous les terrains et à tous les climats, en plus d’avoir une très grande capacité de ravitaillement, la France ne disposant pas de ravitailleurs d’une grande capacité. 
Il n’y a pas de doute que l’Algérie, qui veut empêcher toute incursion sur son territoire, bénéficie de tous les renseignements glanés par les services militaires français. Bien qu’Alger affirme ne pas vouloir agir contre les groupes armés «en dehors de son territoire», la perspective de pénétration des troupes algériennes au-delà de leurs frontières n’est pas du tout à écarter, le Mnla ne pouvant faire seul face à la remontée vers le Nord des groupes armés chassés du Sud. 
Brahim Younessi